Isadora Duncan au Parthénon, Athènes, Edward Steichen, 1920
Une harmonie parfaite entre la photographie et la danse sera atteinte en 1920 avec le travail conjoint de la danseuses Isadora Duncan et du photographe Edward Steichen. A cette époque, ce dernier avait délaissé depuis longtemps le pictorialisme et s'intéressait vivement aux peintures de Matisse, Cézanne et autres artistes avant-gardistes. Dans son ouvrage
Steichen, the Master Prints, Dennis Longwall observe à juste titre que, pour le photographe, Isadora Duncan représentait une « révolutionnaire dont la quête pour la liberté peut se comparer à la lutte des photographes pour faire accepter leur art comme un véritable moyen d'expression artistique ».
Cette danseuse exceptionnelle ne se contenta pas, pour reprendre l'image utilisée par John Martin, « d'élaguer l'arbre de la danse », mais attaqua le mal à la racine. Très tôt, elle se libéra de toutes les contraintes de la danse académique : tutus, pointes, principe de l'en-dehors, décors chargés... Elle se produisait pieds nus, vêtue d'une longue robe simple, puisait son inspiration dans la civilisation de la Grèce antique. Selon Kay Bardsley, le nom d'Isadora Duncan s'inscrit dans les annales de la danse pour trois raisons : « Sur le plan artistique, son style, son rayonnement et sa personnification des émotions universelles révolutionnèrent la danse, et même tous les arts théâtraux ; sur le plan créatif, elle brisa les conventions et composa des ballets remarquables en utilisant des thèmes jusqu'alors inexplorés ; sur le plan pédagogique, elle comprit l'importance de la danse dans l'éducation des enfants. »
En 1920, Steichen accompagna les soeurs Duncan et les « Isadorables » à Athènes. Chaque matin, à la première heure, ils montaient à l'Acropole. Isadora, d'humeur irritable en ce temps-là, renâclait à poser devant l'appareil-photo, ce qui n'empêcha pas Steichen de réaliser l'admirable portrait devant le Parthénon.