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05/10/2007

05/10/07 - 22:28

Vaslav Nijinski dans L'après-midi d'un faune, Baron Adolf de Meyer, 1914



Le premier exemple d'une collaboration remarquable entre la photographie et la danse, nous le devons à Nijinski, ce grand danseur et chorégraphe, et au baron Adolf de Meyer, célèbre portraitiste. Ils travaillèrent en effet ensemble sur L'après-midi d'un faune, ballet dont Nijinski signa la chorégraphie et qu'il dansa de façon inoubliable avec les ballets russes de Diaghilev. Inspirée d'un poème de Mallarmé, cette chorégraphie relate la rêverie d'un faune séduit par un groupe de nymphes. Déjà, en 1912, Nijinski était adulé par les foules, mais même ses admirateurs les plus fervents ne s'attendaient pas à des innovations aussi époustouflantes. Comme Diaghilev le fit remarquer, L'après-midi d'un faune constitue le chef-d'oeuvre de l'art plastique. En l'espace de 12 minutes, un bas-relief grec renaît à la vie, alors que, sur la scène, les danseurs exécutent des mouvements brusques, carrés, inattendus. Même ajourd'hui, ce ballet révolutionnaire nous frappe par sa modernité.
A l'époque, le baron Adolf de Meyer appartenait au cercle d'amis de Diaghilev et, avec sa femme, évoluait dans la société mondaine internationale. Photographe reconnu et une des figures de proue du mouvement pictorialiste, il suscita l'admiration de Stieglitz et de Steichen. En 1912, il avait déjà photographié Nijinski à quatre reprises – dans Le Carnaval et Le spectre de la rose – et se trouvait au faîte de la gloire.
Des 33 photos qu'il prit de L'après-midi d'un faune, 30 allaient constituer un album à tirage limité dédié à Diaghilev. Le photographe sut respecter à la perfection l'esprit de la chorégraphie de Nijinski tout en réussissant un travail photographique remarquable. Selon certains, les photos n'auraient pas été prises lors d'une représentation, mais en studio. Dans ses photos, le baron de Meyer montre un éventail admirable de changements de rythme : prises de vue d'ensemble, gros plans, études des visages et des corps. Le découpage savant accentue les gestes anguleux des danseurs qui baignent dans la luminosité douce d'une fin d'après-midi d'été. Cette ambiance chaude nous éloigne de la réalité, contribue à l'atmosphère onirique. Le baron de Meyer ne se contenta pas de « prendre » des photos et de les développer ; il partit d'un négatif de grand format, tira la photo, la découpa, la retoucha puis la rephotographia. Sans doute travailla-t-il en étroite collaboration avec Nijinski ; sur l'une des photos de L'après-midi d'un faune, par exemple, une main, de toute évidence, fut redessinée. A partir de ces clichés ont été reproduits les prototypes qui constituèrent les fameux albums, dont quatre seulement subsistent.
Le succès de L'après-midi d'un faune ne fit que s'affirmer. Le grand sculpteur Rodin écrivit : « Entre la mimique et la plastique, l'accord est absolu ; le corps tout entier signifie ce que veut l'esprit ». Cet accord parfait, certains écrivains le retrouvèrent dans les photographies du baron de Meyer. Dans son introduction à une édition de cet album, où Richard Benson reproduit à merveille les prototypes d'origine sur du papier au palladium, Leslie Katz remarque : « Cet ouvrage constitue une collaboration exceptionnelle et la synthèse de plusieurs arts, une continuité du pouvoir de Diaghilev à catalyser et à réunir différents genres : la chorégraphie et l'interprétation de Nijinski, le décor de Bakst, la musique de Debussy et la poésie de Mallarmé. » En fait, Leslie Katz ne va-t-il pas trop loin dans son appréciation des photographies ? Certes, le photographe rend hommage à la danse de Nijinski et, en partie, au décor de Bakst, même s'il travaille en noir et blanc. Pourtant, que deviennent la poésie de Mallarmé et la musique de Debussy ? Ces photos, pour admirables qu'elles soient, ne rendent pas compte de l'accord absolu entre la mimique et la plastique. Pour ce qui est de la danse, il nous faut admettre qu'elles ne représentent que des fragments isolés d'un merveilleux ensemble.
Il est étonnant que cette première collaboration dans l'histoire de la photographie de danse s'appuie sur un ballet d'avant-garde, mais utilise une technique déjà en déclin, qui allait sous peu être supplantée par le modernisme. Une fois de plus, danse et photographie ne sont pas au diapason.

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