« Noir et Blanche (impression négative inversée) », Man Ray, gélatino-bromure d’argent, 1926
Pour Man Ray, qui poursuit en même temps une brillante carrière de portraitiste et de photographe de mode, l’exploitation des hasards est une source féconde de création. Il multipliera, en liaison avec l’esthétique surréaliste qui anime également des artistes comme Maurice Tabard (1897-) et Claude Cahun (1894-1954), les expériences de solarisation qui donne une sorte d’aura aux objets, de surimpression, de juxtaposition d’images en négatif et en positif. Jeux, ces procédés sont aussi une exploitation radicale des spécificités de la photographie : ils insistent sur le caractère de trace, d’index que revêt celle-ci, en même temps qu’ils travaillent presque purement avec la lumière et son pouvoir de transformation.
Presque en même temps que Max Ernst, mais dans un esprit assez différent, Man Ray est parti lui aussi de la donnée photographique mais, loin de se fier à elle, de n’utiliser qu’après coup, selon le but qui est le sien, le lieu commun de représentation qu’elle nous propose, il s’est appliqué d’emblée à lui ôter son caractère positif, à lui faire passer cet air arrogant qu’elle avait de se donner pour ce qu’elle n’est pas. Les femmes très élégantes et très belles qui exposent jour et nuit leurs cheveux aux terribles lumières de l’atelier de Man Ray n’ont certes pas conscience de se prêter à une démonstration quelconque.