« I Wait », Julia Margaret Cameron, épreuve albuminée, 1872

Avec cette figure d’ange, Julia Margaret Cameron affirme des traits majeurs de ses compositions : la référence aux dogmes de la peinture ancienne (la pose et l’expression sont reprises d’un putto de la Madone Sixtine de Raphaël) et l’expression symbolique, parfois même mystique. L’ambivalence de ces images, mais aussi leur étrangeté, réside dans le fait qu’elles sont des portraits d’êtres réels, préparés adéquatement à un rôle allégorique ; généralement des membres de sa nombreuse famille ou ses amis, qui appartiennent à l’intelligentsia anglaise : le peintre Watts, l’astronome Herschel, le poète Tennyson, et même Alice Liddell devenue une jeune femme. Très liée aux préraphaélites (Hunt, Millais, Rossetti), elle leur emprunte leur thématique : sujets sacrés ou légendaires, figures bibliques, épisodes poignants des légendes médiévales (le roi Arthur) ; elle adopte également leur vénération pour la peinture italienne du XVe siècle. Pourtant, alors que la technique du collodion permet un rendu « précisionniste » analogue à celui des peintres, Cameron se fait l’apôtre du flou généralisé de l’image, et des défauts de mise au point. Elle photographie volontairement en plan rapproché, avec une faible profondeur de champ, avec des poses longues dues au médium mais qui favorisent le flou ; et elle considère que ce « faire » particulier lui assure un style personnel et une expressivité symboliste.