« Contractions musculaires », Duchenne de Boulogne, épreuve albuminée, 1856

Le médecin français Guillaume Duchenne de Boulogne (1806-1875), membre de la Société de médecine de Paris, n’est pas le premier à avoir cherché une application médicale au nouveau moyen de produire des images qu’était la photographie. Mais, à la différence des prédécesseurs, il avait du medium une idée conceptuelle qui, au-delà de cette seule utilisation, cherchait à établir une passerelle avec l’art plastique. Duchenne de Boulogne ne fut pas le premier à mettre la photographie au service de la recherche médicale. Dès 1844, Léon Foucault avait déjà réussi à faire des daguerréotypes microscopiques de globules rouges de sang humain. Cependant, la photographie en tant que moyen de produire des images était loin de faire l’unanimité parmi les médecins. Pour beaucoup, l’illustration, telle qu’on la connaissait depuis la Renaissance, demeurait encore la meilleure forme de représentation dans la mesure où elle permettait d’établir des différenciations et des hiérarchies.
Spécialiste d’électrophysiologie, Duchenne de Boulogne commence une série d’expériences situées à l’intersection de l’anatomie, de la physiologie, de la psychologie et de l’interprétation des œuvres d’art. Son « Essai sur la physiognomonie » (1781-1803) exposait l’art de découvrir le caractère en déchiffrant les traits du visage. Les découvertes du physicien et médecin italien Luigi Galvani, qui le premier avait démontré l’existence d’une électricité musculaire, constituaient les prémisses techniques du travail de Duchenne. Le plaisir et la peur, la surprise et le désappointement, l’effroi et le divertissement sont des états de base de la psyché humaine qui, au-delà de toute expression individuelle, se traduisent par la contraction de certains muscles du visage. Si l’on provoque ces contractions en excitant ces muscles systématiquement et l’un après l’autre, on devrait pouvoir définir, telle était du moins l’hypothèse de Duchenne, une sorte de grammaire des passions, d’atlas des émotions.