« Charles Baudelaire », Nadar, tirage sur papier salé, 1855

La photographie est ainsi considérée par les artistes du XIXe siècle comme une machine à saisir le réel, et non le vrai. Les artistes dénoncent également l’hégémonie du procédé et l’automaticité du résultat. Aux yeux de ces critiques, l’image photographique porte donc la tare de n’être pas entièrement médiatisée par l’artiste (sa main, son esprit, son imagination) mais d’être le résultat d’une inscription des objets dans sa matière par les seuls truchements de la lumière, de la physique et de la chimie. Ainsi, dans les premières lignes de la conclusion de sa Grammaire des arts du dessin, Charles Blanc rappelle avec et après tant d’autres les limites de la photographie : « La photographie, une invention merveilleuse, sans être un art. (…) C’est justement parce que dans son indifférence, elle imite tout et n’exprime rien. » Les artistes firent entrer la photographie dans le processus de leur création avec la même subtilité et liberté que leurs prédécesseurs utilisaient les modèles canoniques. Les photographes furent d’emblée ce qu’on appellera plus tard des pictorialistes.
Baudelaire fut le premier critique de la photographie qui n’était selon lui que « l’humble servante des arts ». Le dandy éprouve néanmoins une évidente satisfaction à poser pour Nadar. Ce dernier a remarquablement saisi son visage mélancolique, dont le regard semble perdu dans le lointain.