Hommage à Niepce dans le journal français « Miroir du Monde », 1933

Daguerre vit aisément grâce à sa rente d’État, la vente de son brevet aux Anglais et les royalties sur le matériel vendu. Mais il préfère rester dans un silence prudent devant les protestations qui commencent à s’élever face à l’oubli du nom de Niepce. En 1839, des scientifiques français et anglais témoignent et tentent de le réhabiliter. De son côté, Isidore Niepce publie une « Histoire de la découverte improprement appelée daguerréotype ». Cette double page du « Miroir du Monde » du 17 juin 1933 présente le « Point de vue de la fenêtre » de Niepce qui est encore inconnue du grand public à cette époque. Le daguerréotype s’est propagé grâce à un manuel rédigé par Daguerre, qui connut 39 éditions en moins de deux ans. Daguerre s’assure de la mise en place du procédé aux Etats-Unis par des démonstrations (assorties de la vente de matériel). Il n’est guère de pays au monde qui n’ait connu très vite le daguerréotype. Il se développe sur deux fronts : entre les mains de voyageurs, il est un instrument de connaissance (vestiges archéologiques, découverte du monde) ; pour beaucoup d’artisans, il est un moyen de faire accéder tout un chacun à la possession de son portrait. Goupil Fesquet et Horace Vernet « daguerréotypent comme des lions » en Egypte dès 1839, le baron Gros rapporte des daguerréotypes de Colombie (1842), Girault de Prangey du bassin méditerranéen (1842) et Jules Itier de Chine (1843). Pendant une dizaine d’année, le daguerréotype s’impose aussi, en l’absence de concurrence, dans le domaine documentaire et scientifique : dessins d’illustration d’après des vues d’architecture, photomicroscopies, daguerréotypes de la Lune, multiplication de l’image par impression, mais sans jamais atteindre une réelle aisance de diffusion. Daguerre meurt le 10 juillet 1851 dans son village de Bry-sur-Marne après être revenu à la peinture en décorant l’église avec une très grande toile dans l’esprit du diorama. Sa mort laisse la France dans une certaine indifférence.