« Femme penchée sur un miroir », Jacques-Antoine Moulin, daguerréotype stéréoscopique colorisé, vers 1852
Ce daguerréotype attribué à Moulin montre un décor de miroir recréant la surface et les reflets de l’eau dans lesquels se mire la jeune femme. Le modèle, Marie-Christine Leroux, a posé pour les photographies de Moulin et plus tard de Nadar, Gérôme et Pradier. Elle fut aussi et surtout la Musette immortalisée par Mürger dans « Les scènes de la vie de bohème ». Le thème du reflet dans lequel se contemple une beauté est traditionnel en peinture dans l’iconographie des nymphes, ou dans celle, masculine, du jeune Narcisse. Le motif semble avoir été inventé pour la photographie naissante : le miroir de l’eau renvoie au propre reflet du daguerréotype, l’effet de la stéréoscopie multiplie les courbes de la jeune femme. Ce jeu de miroirs, souvent exploité par le daguerréotype stéréoscopique, fonde comme une tautologie du reflet, mise en œuvre doublement par le sujet et le procédé.