Captations

30/11/2007

30/11/07 - 05:46

Ted Shawn et ses danseurs, Edwin F. Townsend, vers 1935



Les archives de l'école Denishawn, plus de 4000 photos en tous genres, sont conservées aujourd'hui dans la section danse de la New York Public Library. Les photographes se servirent de tous les appareils alors disponibles : appareils à plaques de divers formats, Brownies de Kodak... Ils utilisèrent une large gamme de procédés de tirage : argent, platine, bromoïl et gomme. Cette collection fabuleuse réunit des photographies publicitaires publiées dans la presse, des programmes, des documents de la compagnie montrant décors, costumes, accessoires et bijoux ; des photos documentaires et d'autres artistiques, où les photographes donnent libre cours à leur imagination, ainsi que des photos-souvenir prises par les danseurs ou leurs amis. Les photographes nous lèguèrent une gamme fort intéressante de leurs tirages, simples clichés ou photos élaborées, images pictorialistes floues ou créations modernistes. Mais le plus remarquable reste l'usage qu'ils ont su faire de la lumière naturelle ou artificielle. En 1931, Ruth St. Denis et Ted Shawn se séparèrent. Ce dernier forma sa propre compagnie composée uniquement de danseurs, et continua de commander des photos de sa troupe.

30/11/07 - 05:44

Ted Shawn dans Gnossiene, Studios Witzel, Los Angeles, 1919



Au début de la Première Guerre mondiale, l'Amérique et l'Europe connaissaient un véritable engouement pour les danses à la mode. Revues et magazines fourmillaient de photos et d'articles sur le sujet. On pouvait y lire des titres accrocheurs tels que « Les danses de cet hiver, accompagnées de photos illustrant les pas nouveaux ! » Même le très sérieux Vanity Fair déclara que le tango et le fox-trot méritaient une attention particulière : « Les Américains se sont attachés trop longtemps à rendre leur pays habitable, à déboiser, à creuser des canaux, à tracers des routes, à érigers des immeubles et à s'enrichir. Il est grand temps aujourd'hui qu'ils fassent une pause et laissent s'exprimer leurs pulsions émotives et artistiques ».
Ruth St. Denis et Ted Shawn furent les grands ordonnateurs de cette nouvelle vague. En 1915, à Los Angeles, ils créèrent l'école Denishawn, lieu de rencontre de plusieurs courants. Pour leurs costumes et les décors fastueux, ils s'inspirèrent de diverses traditions : mysticisme oriental, samouraïs japonais, chefs indiens d'Amérique et flamenco espagnol. Ils tiraient leurs idées de vaudevilles, de numéros d'acrobatie et de cirque, de voyages, de films, de photos et même de publicités... La compagnie et l'école Denishawn proposaient une palette de programmes riches et variés, qui visait à atteindre, à travers la danse, l'harmonie parfaite entre le corps et l'esprit.
Il n'est pas étonnant que les photographes furent séduits par ces deux danseurs hors pair. Comment les professionnels habitués à travailler en studio auraient-ils pu rater l'occasion de saisir Ruth St. Denis dans l'une de ses poses impressionnantes au pied du Half-Dome dans le parc de Yosemite, ou Ted Shawn, véritable statue, posant dans les jardins de Lolita Armour ?
Parmi les photographes de l'époque, citons le baron Adolf de Meyer, E.O. Hoppé, George Hoyningen-Huene, Edward Weston et bien d'autres. Grâce à eux, nous possédons un formidable témoignage de l'ère Denishawn et un condensé de l'histoire de la photographie.

30/11/07 - 05:41

Maria Theresa devant l'Erechthéion, Athènes, Edward Steichen, 1920



Edward Steichen préférait travailler avec Maria Theresa, qu'il considérait comme l'élève la plus talentueuse. Elle représentait pour lui « la réincarnation d'une nymphe grecque ». Dans cette photographie, la danseuse, les bras tendus vers le soleil dans un geste plein de dévotion, semble rechercher la communion parfaite avec la nature.

30/11/07 - 05:37

Isadora Duncan au Parthénon, Athènes, Edward Steichen, 1920



Une harmonie parfaite entre la photographie et la danse sera atteinte en 1920 avec le travail conjoint de la danseuses Isadora Duncan et du photographe Edward Steichen. A cette époque, ce dernier avait délaissé depuis longtemps le pictorialisme et s'intéressait vivement aux peintures de Matisse, Cézanne et autres artistes avant-gardistes. Dans son ouvrage Steichen, the Master Prints, Dennis Longwall observe à juste titre que, pour le photographe, Isadora Duncan représentait une « révolutionnaire dont la quête pour la liberté peut se comparer à la lutte des photographes pour faire accepter leur art comme un véritable moyen d'expression artistique ».
Cette danseuse exceptionnelle ne se contenta pas, pour reprendre l'image utilisée par John Martin, « d'élaguer l'arbre de la danse », mais attaqua le mal à la racine. Très tôt, elle se libéra de toutes les contraintes de la danse académique : tutus, pointes, principe de l'en-dehors, décors chargés... Elle se produisait pieds nus, vêtue d'une longue robe simple, puisait son inspiration dans la civilisation de la Grèce antique. Selon Kay Bardsley, le nom d'Isadora Duncan s'inscrit dans les annales de la danse pour trois raisons : « Sur le plan artistique, son style, son rayonnement et sa personnification des émotions universelles révolutionnèrent la danse, et même tous les arts théâtraux ; sur le plan créatif, elle brisa les conventions et composa des ballets remarquables en utilisant des thèmes jusqu'alors inexplorés ; sur le plan pédagogique, elle comprit l'importance de la danse dans l'éducation des enfants. »
En 1920, Steichen accompagna les soeurs Duncan et les « Isadorables » à Athènes. Chaque matin, à la première heure, ils montaient à l'Acropole. Isadora, d'humeur irritable en ce temps-là, renâclait à poser devant l'appareil-photo, ce qui n'empêcha pas Steichen de réaliser l'admirable portrait devant le Parthénon.